Mise en relief d'informations ou d'arguments dans un texte, au moyen d'une phrase clivée

MéthodeQu'est-ce qu'une phrase clivée ? (l'aspect grammatical)

Voici deux phrases de sens apparemment identique :

  • « J'aime Lucie »

  • « C'est Lucie que j'aime »

    La seconde apparaît comme une transformation de la première. C'est une phrase clivée : on a « coupé » (clivé) « J'aime Lucie », pour mettre à part, pour extraire, le constituant « Lucie ». Pour opérer cette extraction, ou clivage, on associe une locution identifiante (le plus souvent « c'est »), suivie de l'élément clivé, et une proposition relative (le plus souvent introduite par « que », « qui »), suivie du reste de la phrase initiale.

    Autre exemple : "François a mangé le chocolat" se transforme en : "C'est François qui a mangé le chocolat." On a successivement clivé un complément d'objet direct (Lucie), puis un sujet grammatical (François).

FondamentalQu'est-ce qu'une phrase clivée ? (l'aspect textuel : informatif, explicatif ou argumentatif)

Nous sentons qu'on n'emploie pas la phrase clivée dans les mêmes conditions que la phrase simple : "C'est Lucie que j'aime" marque une insistance et sert par exemple à dissiper un doute ou un malentendu. Voire à marquer un contraste implicite (j'aime Lucie et non Sylvie) ou à s'opposer à l'interlocuteur (contrairement à ce que tu crois). Cela se comprend en fonction du contexte.

Renversons les choses : dans le contexte d'un dialogue ou d'une argumentation, les phrases de forme [c'est x que/qui y] ont un rôle textuel important. C'est à ce rôle textuel que nous allons nous intéresser.

L'élément extrait de la phrase initiale (Lucie) est présenté comme un apport informatif important : le sens se « focalise » sur cet élément.

L'élément qui fait suite à « que/qui » est quant à lui un présupposé.

Qu'est-ce que cela veut dire ? Lorsqu'il énonce (à l'oral ou à l'écrit) « J'aime Lucie », l'énonciateur fait part de son état amoureux comme d'une information nouvelle pour ses interlocuteurs (ou lecteurs). En revanche, s'il énonce « C'est Lucie que j'aime », c'est dans une situation où ses interlocuteurs (ses lecteurs) connaissent déjà son état amoureux. Ce sentiment amoureux est présupposé. Et l'énonciation ne vise alors qu'à identifier la personne aimée.

La phrase clivée opère donc une division stricte entre un présupposé, rejeté en seconde partie dans la relative, et un focus informatif, introduit par « c'est » (ou une autre locution identifiante).

Ce clivage entre le focus informatif et le présupposé permet au locuteur (au scripteur) de :

  • mettre en relief une information que ses interlocuteurs (ses lecteurs) pourraient lui demander - et l'énonciateur anticipe alors leur(s) question(s) ;

  • confirmer ou rejeter ce qu'ils pourraient croire, en créant un contraste entre deux éléments (ex. : « Ce n'est pas Sylvie que j'aime, c'est Lucie ») - et l'énonciateur "dialogue" alors avec le point de ses interlocuteurs (ou lecteurs) ;

  • opposer son point de vue à celui de ses interlocuteurs (ses lecteurs), ou d'autres personnes (ex. : « C'est par intérêt qu'il l'a épousée », en sous -entendant : et non par amour, comme on pourrait le croire) - l'énonciateur argumente alors contre ses interlocuteurs (lecteurs) ou contre d'autres personnes à qui il attribue un point de vue donné ;

  • de mettre en relief une explication (ex. : « C'est l'activité humaine qui cause le réchauffement climatique ») ou un argument-clé (ex. : « C'est pour le bien-être des générations futures que nous devons limiter le réchauffement climatique »).

Ces effets de sens informatifs, explicatifs ou argumentatifs se produisent dans un texte monologal aussi bien que dans un texte dialogal.

ExempleClivage et fonctions syntaxiques

On peut cliver :

  • le sujet d'un verbe : « C'est François qui a mangé le chocolat » (transformation de : François a mangé le chocolat).

  • un complément d'objet direct : « C'est Lucie que j'aime » (transformation de : J'aime Lucie).

  • un complément d'objet indirect : « C'est à Lucie que je pense » (transformation de : Je pense à Lucie).

  • un complément circonstanciel : « C'est avec Lucie que je pars en voyage » (transformation de : Je pars en voyage avec Lucie).

  • le complément d'un adjectif attribut : « C'est de Lucie que je suis amoureux » (transformation de : Je suis amoureux de Lucie).

FondamentalLa phrase clivée et son rôle dans un texte

La phrase clivée isole un apport informatif qui est mis en relief. C'est pourquoi elle donne une importance capitale à une information ou à un argument qui peuvent faire l'objet d'une mise en question ou d'un débat ; elle permet souvent à l'énonciateur d'affirmer son point de vue en contraste avec ceux de ses interlocuteurs (lecteurs) ou d'autres individus indéfinis.